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De la nouvelle violence, par Hubert Colas

mardi 3 juin 2008

« Pas besoin de faire un effort surhumain de mémoire pour savoir qu’elle est arrivée avant moi. Le souci pour les autres ce n’est pas que je sois là moi la nouvelle violence mais que la vieille violence elle soit toujours là et qu’elle se heurte à la nouvelle violence. La nouvelle violence ne cherche pas particulièrement la violence. Non. Elle ne cherche pas particulièrement la violence. Elle est silencieuse. C’est une violence silencieuse. Mais il ne faut pas faire un effort surhumain d’imagination pour voir ce qui peut se passer. Il faut simplement s’imaginer venir jouer un match de foot et constater qu’on n’a pas de ballon – pire – il y a pire – oui pire que de constater qu’on a pas de ballon voir qu’il n’y pas de ballon et qu’on a pas les moyens de se payer des ballons – il y a pire oui et le pire c’est de voir qu’effectivement – on n’a pas de ballon et qu’il y a plein de ballons en face dans l’autre camp, dans le camp de nos adversaires – Et dans le camp de nos adversaires ils ne veulent pas – Ils ne veulent pas quoi le camp de nos adversaires ? Ils ne veulent pas jouer avec nous. C’est marqué sur leurs têtes ils ne veulent pas. Oui ils ne veulent pas et nous on est là sans ballon et on est nés pour jouer au ballon. Alors qu’est-ce qu’on se dit ? On se dit qu’est-ce qu’on fait ? Qu’est-ce qu’on fait si on veut jouer au ballon et qu’on n’a pas de ballon et que dans le camp d’en face – de nos adversaires – en face, il y a plein de ballons. Le camp de nos adversaires en face est plein de ballons. Qu’est ce qu’on fait si on veut jouer au ballon avec les autres d’en face du camp des adversaires d’en face plein de ballons si on veut jouer au ballon on fait comment si on veut jouer nous aussi au ballon alors qu’on a de très bons – qu’on a de très bon joueurs, qu’on a de très bons butteurs, de très bons dribleurs, de très bons goals – On fait comment ? Il faut qu’on soit un petit peu plus violent que le camp de nos adversaires d’en face parce qu’on n’est pas encore bien implantés dans le pays et qu’on n’a pas d’énarques qu’on n’a pas de grands patrons de grands chefs de grands cabinets pas de grand Premier ministre. Qu’est-ce qu’on a on n’a rien on a la rue et dans nos rues pas trop voyantes là où les terrains s’inventent sur les coins c’est là qu’on est à rien faire – attendre – une majorité silencieuse de violence. Là on somnole. Gueules ouvertes avec des dents neuves pas usées. Des dents toutes neuves qui n’ont encore rien eu à se mettre sous la langue. Des dents toutes neuves qui n’ont encore rien sucé avec leurs canines toutes neuves. Des dents bien pendues sur le terrain prêtes à servir. Elles sont blanches bien brossées avec une bonne brosse à reluire des dents souples d’un côté et des dents dures de l’autre. On est prêts à croquer dans le fruit. »

Juin 2007, dans LEXI/textes 11, Théâtre national de la Colline/L’Arche Editeur, Paris